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21 septembre 2011 3 21 /09 /septembre /2011 21:12

Il était une fois un homme qui s’appelait Kélénako. Dieu avait fait de lui un homme riche : il possédait en grand nombre des ânes, des vaches, des moutons et des chèvres. Il avait également d’immenses réserves de nourriture, au point qu’il ne savait même plus quoi en faire.

 

Juguya sara 1 internetIl n’avait qu’une seule sœur, Lafili, qui avait épousé un homme d’un autre village. Dans ce village, appelé Nianibougou, Lafili, son mari et leurs enfants vivaient misérablement et souffraient souvent de la faim.

Un jour, Lafili décida de se rendre chez son grand-frère pour lui demander un peu de mil. En effet, cela faisait trois jours que ses enfants n’avaient presque rien mangé.

 

Lafili marcha pendant quatre jours, accompagnée de son plus jeune fils. Arrivée chez son frère, elle fit les salutations d’usage, puis lui dit :

- Grand frère Kélénako, me voilà aujourd’hui devant toi. Je ne suis pas en paix, je suis malheureuse. Je n’ai plus rien à donner à manger à tes neveux. Nos proverbes disent : « que l’on trouve du bois ou que l’on n’en trouve pas, tout le monde sait que c’est dans la brousse qu’on doit le chercher ». On dit aussi que « quand les yeux tournent de droite à gauche dans leurs orbites, c’est qu’ils cherchent un visage qui leur serait familier ». Notre grand-père disait enfin que : « mieux vaut se faire tuer par sa propre vache que par celle d’autrui ». Je suis venue pour te demander un peu de mil.

 

Juguya-sara-2-bis-internet.jpg

 

A ces mots, les yeux de Kélénako rougirent comme du sang. Il répondit :

- Lafili, tu es venue ici, c’est normal. Tu as des problèmes, c’est certain. Quant aux miens, je ne peux même pas les raconter. Je n’ai chez moi aucun grain de mil, si petit soit il ! La nuit passée, nous nous sommes couchés sans rien manger. Il ne faut pas m’en vouloir mais je ne peux vraiment rien pour toi. Il ne faut même plus traîner par ici. Lève-toi vite et retourne chez toi, avant que le soleil ne se couche !

 

Juguya-sara-3-internet.jpg

 

Le cœur triste, Lafili retourna sur ses pas en compagnie de son enfant.

 

Immédiatement après son départ, Kélénako se leva et éclata de rire. Il rit beaucoup, il rit tellement qu’il en pleura. Il s’approcha de ses greniers de mil et s’exclama :

- Eh ! Moi Kélénako ! Que je suis heureux ! Un grenier, deux greniers, trois greniers, quatre greniers, cinq greniers …. Eh !! Impossible de tous les compter. Ils sont tous remplis de bon mil. Ce n’est à personne d’autre qu’à moi ! Je suis béni ! C’est là et ça ne finira jamais ! Ma petite sœur est venue me demander du mil. Je lui ai juré n’avoir aucun grain chez moi. Je l’ai bien eu ! C’est ça que j’aime faire : être méchant avec les gens. Pour être vraiment méchant, il faut commencer par l’être sans réserve avec sa famille. Comme cela, on n’hésite même plus avec les autres. Pour se faire craindre par ses semblables, il ne faut vraiment pas hésiter à aller jusqu’à gifler un cadavre sous leurs yeux.

 

Sur ces mots, Kélénako se faufila entre ses greniers en riant aux éclats. Tout en se promenant, il continua à faire l’éloge de la méchanceté.

Soudain, il sentit une vive douleur à sa colonne vertébrale. Il eut l’impression que son corps s’étirait petit à petit. Horrifié, il constata que ses membres inférieurs s’allongeaient. Tout son corps se mit à le faire souffrir et la douleur devint vite insupportable. Il poussa un hurlement et toute sa famille accourut vers lui.

Alors, sous les yeux de ses femmes et de ses enfants, Kélénako se métamorphosa en un gros serpent. Seule sa tête resta intacte. Il s’adressa alors à sa famille :

- Allez me cacher dans ma case. Faites tout pour que mes ennemis ne sachent pas que je me suis métamorphosé. Que s’est-il passé ? Je vais vous le raconter... Ma petite sœur vient de partir à l’instant. Elle m’a supplié de lui donner un peu de mil et je l’ai chassée en lui disant que je n’avais rien. Mes enfants, qu’aucun d’entre vous ne fasse plus jamais de mal à une de ses sœurs.

 

Jusqu’à aujourd’hui, les bambaras ont une grande considération pour leurs sœurs. Tout le monde sait que la méchanceté ne reste jamais impunie.

 

Juguya-sara-4-internet.jpg

 

Ce conte est une traduction du conte bambara "Juguya sara", raconté par les élèves du village de Fassa (Mali) et mis par écrit par Oumar Nianankoro Diarra et Antoine Fenayon. La traduction en français a également été faite par Oumar Nianankoro Diarra et Antoine Fenayon.

Ce conte a été recueilli dans le cadre du projet "Contes de Fassa" mené par l'association Donniyakadi.

Les dessins ont été réalisés par les enfants du village de Fassa lors d'ateliers organisés en juin 2010 par Donniyakadi et les enseignants de l'école primaire du village. Ces ateliers étaient encadrés par Karim Diallo, illustrateur venu de Bamako, et Armelle Genevois, membre de Donniyakadi

Cliquez ci-dessous pour lire la version originale en bambara :

Nsiirin "Juguya sara" (conte "le prix de la méchanceté" en version originale bambara)

 

Ce texte est protégé par le droit d'auteur. Merci de ne pas le copier et le diffuser sans notre autorisation.


 


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21 septembre 2011 3 21 /09 /septembre /2011 20:21

Le monde n’a pas été créé aujourd’hui et il ne prendra pas fin demain. Il y a très longtemps de cela, les humains tissaient des liens avec les animaux sauvages. Des relations de fraternité et d’amitié existaient entre eux.

Une année, les animaux sauvages offensèrent Dame nature. Ils coupèrent tous leurs arbres pour faire du feu et pour les vendre. Mais la nature se vengea : la pluie ne vint pas chez eux et ils firent de très mauvaises récoltes.


Dununba kumata 1 internet

 

Les hommes quant à eux avaient pris soin des arbres et de la nature qui les environnait. Grâce à de nombreuses pluies, leurs récoltes furent abondantes.


 Dununba kumata 2 internet

 

Un lièvre appelé Diasson souffrait atrocement. En effet, la famine s’était emparée des animaux sauvages. Impuissants, ils étaient à bout de force et mouraient de faim les uns après les autres.

Dununba kumata 3 internetMais le lièvre est rusé, tout le monde le sait. C’est ainsi qu’un jour Diasson se rendit chez son voisin le rat et lui dit :

- Ami rat, le jour où un vieil homme a épuisé toutes ses astuces, c’est ce jour-là qu’il meurt. Si nous ne trouvons pas une solution, la famine nous conduira tous au village des os blancs.

- Grand frère Diasson, je suis à ta disposition de jour comme de nuit, répondit le rat.

- Parfait, reprit le lièvre. Regarde ce tam-tam : si nous arrivons à nous entendre nous pourrons manger à volonté.

- Grand-frère lièvre, explique rapidement car trop traîner porte malheur, enchaîna le rat.

- Il y a une petite ouverture au bas du tam-tam. Tu dois rentrer par là et rester à l’intérieur. Nous nous rendrons alors au village des hommes. A eux, je me présenterai comme un musicien venu pour les distraire. Je leur dirai que mon tam-tam est un tam-tam qui parle. Grâce à cela, les habitants nous offriront toutes sortes de plats. Nous nous régalerons avant de donner la soirée. Pour la suite j’imagine que tu as déjà deviné !

- Bien sûr ! Chaque fois que tu chanteras, je reprendrai le refrain de ma cachette. Tous croiront alors que ton tam-tam a parlé.

-  Exactement, tu as bien compris ! acheva Diasson.

Ce qui fut dit fut aussitôt fait. Le rat sauta dans le tam-tam et alla se blottir en son fond.


Dununba-kumata-4-internet.jpg

 

Le lièvre entonna alors sa chanson et le rat lui répondit en chœur. Ils répétèrent ainsi jusqu’à ce qu’ils se sentent prêts. Diasson prit alors son tam-tam et se dirigea vers le village le plus proche.

A l’entrée du village, il rencontra un groupe de femmes en train de puiser de l’eau au grand puits. Voyant un lièvre muni d’un tam-tam, elles furent ébahies. L’une d’entre elles s’exclama : - Voilà qui est incroyable ! Un lièvre joueur de tam-tam !

Le musicien lui répondit : - Vous n’avez pas encore vu le plus extraordinaire : mon tam-tam parle. A la nuit tombée, vous verrez cela. Mais menez-moi d’abord chez le chef du village.

Une des femmes accepta de l’accompagner jusqu’à la maison du chef.

Arrivé devant le vestibule, le lièvre salua :

- Bonjour, chanceux Chef de village !

Sans lever la tête, le vieillard répondit :

- Sois le bienvenu! Quelle peine que de marcher.

Dununba-kumata-5-internet.jpgLe lièvre entra dans le vestibule et quand il fut sous les yeux du Chef de village, celui-ci sursauta et s’écria :

- Mes yeux me mentent-ils ou mon esprit se trompe-t-il ?

- Eh, bienheureux chef ! Tes yeux te disent la vérité et ton esprit ne se trompe pas. Je suis venu dans ton village avec mon tam-tam pour distraire ta paisible population.

- Quand on vit longtemps, on voit tout et on entend tout : un lièvre avec un tam-tam ?!  s’étonna le vieillard.

Le lièvre lui répondit :

- Cela n’a rien d’étonnant. De plus, mon tam-tam parle.

Le Chef de village haussa le ton :

- Petit garçon, tu n’exagères pas ? Si tu viens déranger tout mon village, et qu’il n’y a pas de graine dans l’oignon, tu es un homme mort !

Très sûr de lui, Diasson accepta l’éventualité de cette terrible sanction.


Aussitôt, un émissaire fut envoyé dans toutes les familles pour annoncer l’arrivée d’un artiste étranger dans le village. La nouvelle de ce tam-tam miraculeux se répandit partout. On ne parlait plus que du fameux tam-tam de Diasson. Tout le monde était impatient que la nuit tombe.

La tradition exigeait alors que les villageois nourrissent un artiste étranger venu pour les distraire. Ainsi, chaque famille apporta à Diasson de nombreux plats succulents. Une fois seul dans sa case, le lièvre dit au rat de sortir du tam-tam pour qu’ils mangent ensemble. Ils se régalèrent, puis le rat reprit sa place.


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Cela s’est passé exactement comme ça ! Cela devait se dérouler ainsi ! Tout le monde sait que cela est la bonne manière.

 

Bien avant le début de la soirée, les jeunes garçons et les jeunes filles balayèrent soigneusement la place publique. Les petits enfants amassèrent des branches et de la paille sèche. Les femmes se dépêchèrent de faire la cuisine et toutes avaient fini de préparer le repas du soir bien avant le coucher du soleil. Dans le village, on ne parlait que du tam-tam du lièvre. Les gens sont toujours pressés pour les choses agréables. Toutefois, les bambaras disent : une fois la date fixée, elle ne tarde pas.

La nuit arriva. Partout on avait fini de manger. Le Chef de village envoya alors un messager pour dire à Diasson que les réjouissances pouvaient commencer.

La place publique était pleine à craquer : les vieux, les vieilles, les jeunes, les petits garçons et les petites filles, tout le monde était déjà sur place. Les chasseurs avaient leurs fusils chargés et les petits garçons avaient leurs arcs et leurs flèches. Quant aux femmes, chacune d’elles portait un lourd pilon en main. Le Chef de village avait donné l’autorisation de tuer le lièvre si jamais son tam-tam ne parlait pas.

Le lièvre arriva avec son tam-tam et la foule lui laissa un passage vers le milieu de la place.


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Sur consigne des vieux, les enfants attisèrent le feu en y ajoutant assez de branchages et de paille pour avoir une bonne lumière. Diasson mit son tam-tam à son cou, puis il commença à en jouer et chanta :

- Mon toucou-toucou-bara que voici, mon toucou-toucou-bara que voilà. Si mon tam-tam ne parle pas, que les villageois me décapitent.

A peine avait-il fini de chanter que le rat répondit depuis l’intérieur du tam-tam :

- Ting ! King ! Bam ! C’est la voix du tam-tam! Ting ! King ! Bam ! C’est la voix du tam-tam !

Une joie et un étonnement sans précédent s’emparèrent de la foule. Ils n’avaient jamais vu une telle magie.


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Le Chef de village pria le magicien de rester dans son village car une seule nuit de fête ne leur suffisait pas. Diasson y passa donc trois nuits de suite avec son complice, se gavant de viande et de couscous avant chaque spectacle. Puis ils partirent vers un autre village, qui les attendait déjà avec impatience.

 

Dununba kumata 9 internetInformée de la ruse du lièvre, la hyène se mit à poursuivre un margouillat qu’elle attrapa. Elle jeta le reptile dans son tam-tam sans mot dire et se rendit dans un village. Elle se fit conduire chez le Chef de village et lui dit :

- Informe vite ta population qu’elle m’apporte beaucoup de couscous, de viande, de riz, de dèguè et autres nourritures succulentes. Cette nuit, je vais vous distraire : mon tam-tam parle.


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Les villageois cuisinèrent toutes sortes de plats et les apportèrent à la hyène. Elle mangea tout, laissant le margouillat prisonnier du tam-tam. Par le trou, celui-ci ne pouvait que regarder la hyène se goinfrer de bonne viande.


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La nuit tomba et le Chef de village fit appeler la hyène pour qu’elle commence son spectacle. La place publique était déjà envahie de villageois, tous armés de fusils, de lances et de bâtons. Ils s’étaient mis d’accord : « si le tam-tam de la hyène ne parle pas, elle sera tuée ».

La joueuse de tam-tam se mit au milieu de la place et chanta :

- Mon toucou-toucou-bara que voici, mon toucou-toucou-bara que voilà. Si mon tam-tam ne parle pas, que les habitants me décapitent.

Le margouillat, fâché, demeura muet.

La hyène dit alors :

- Patientez quelques instants. J’ai oublié de faire des incantations magiques à mon tam-tam. Sans cela, il ne peut pas parler.

 

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Elle fut autorisée à faire ses incantations au milieu de la foule. A travers l’ouverture, elle s’adressa au margouillat en parlant tout doucement :

- Si tu ne chantes pas, nous allons tous deux mourir sur le champ !

Le margouillat lui répondit :

- Je ne vais jamais chanter car avec le ventre vide on ne peut rien. Que les villageois me tuent ici ou qu’ils me laissent vivant, la famine va de toute façon m’ôter la vie. Ma chère, tire-toi toute seule de cette situation que tu as toi-même créée !

Aussitôt, la hyène jeta le tam-tam et courut pour s’échapper à travers la foule. Mais les gens étaient déjà prêts à bondir et ils se ruèrent sur elle pour la frapper à mort. Le tam-tam quant à lui s’était brisé près d’un trou et le margouillat s’y glissa discrètement pour se cacher.


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Mes frères et sœurs ! On ne doit jamais se rendre au marché rien qu’en voyant sa coépouse y aller. On peut mourir en imitant quelqu’un.

Les bambaras disent : A force de manier ta petite corde de trahison, tu finiras par la nouer autour de ton propre cou.

 

Ce conte est une traduction du conte bambara "Dununba kumata", raconté par les élèves du village de Fassa (Mali) et mis par écrit par Oumar Nianankoro Diarra et Antoine Fenayon. La traduction en français a également été faite par Oumar Nianankoro Diarra et Antoine Fenayon.

Ce conte a été recueilli dans le cadre du projet "Contes de Fassa" mené par l'association Donniyakadi.

Les dessins ont été réalisés par les enfants du village de Fassa lors d'ateliers organisés en juin 2010 par Donniyakadi et les enseignants de l'école primaire du village. Ces ateliers étaient encadrés par Karim Diallo, illustrateur venu de Bamako, et Armelle Genevois, membre de Donniyakadi

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Nsiirin "Dununba kumata" (conte "le tam-tam qui parle" en version originale bambara)

Ce texte est protégé par le droit d'auteur. Merci de ne pas le copier et le diffuser sans notre autorisation.

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