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21 septembre 2011 3 21 /09 /septembre /2011 20:39

« Les contes sont vus d’abord en Afrique comme une distraction. Tout esprit a besoin de se relaxer et en écoutant un conte on oublie les peines quotidiennes.

Mais les contes ont un autre aspect capital, c’est le côté éducatif. Tout conte au Bélédougou se termine par une leçon de morale. Les contes permettent aux aînés de véhiculer des messages. Le conte est une école qui forme l’individu.

Autrefois, le conteur était un sage, quelqu’un qui avait assez vu, assez vécu. Après les travaux de la journée, après le repas de la nuit, on allumait du feu dans la cour, et généralement c’est à ce moment que les contes commençaient. Tout le monde s’attroupait autour du conteur, pas seulement des enfants, mais aussi des adultes et des personnes âgées.

 

Dans ce monde moderne, le conte a perdu sa valeur. La génération actuelle a d’autres activités de distraction. Celles-ci sont devenues si multiples que le conte est en train de mourir à petit feu. Il n’y a presque plus d’attroupements familiaux pour conter.

Or c’est à travers le conte que l’identité culturelle se dégageait. Les valeurs sociales, c’est le conte qui les préservait. Un peuple sans identité culturelle, c’est un peuple qui navigue dans l’obscurité. La revalorisation des contes ne peut que faire du bien. »

 

Oumar Nianankoro Diarra

 

Oumar-Diarra-2011.JPG

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21 septembre 2011 3 21 /09 /septembre /2011 20:21

Le monde n’a pas été créé aujourd’hui et il ne prendra pas fin demain. Il y a très longtemps de cela, les humains tissaient des liens avec les animaux sauvages. Des relations de fraternité et d’amitié existaient entre eux.

Une année, les animaux sauvages offensèrent Dame nature. Ils coupèrent tous leurs arbres pour faire du feu et pour les vendre. Mais la nature se vengea : la pluie ne vint pas chez eux et ils firent de très mauvaises récoltes.


Dununba kumata 1 internet

 

Les hommes quant à eux avaient pris soin des arbres et de la nature qui les environnait. Grâce à de nombreuses pluies, leurs récoltes furent abondantes.


 Dununba kumata 2 internet

 

Un lièvre appelé Diasson souffrait atrocement. En effet, la famine s’était emparée des animaux sauvages. Impuissants, ils étaient à bout de force et mouraient de faim les uns après les autres.

Dununba kumata 3 internetMais le lièvre est rusé, tout le monde le sait. C’est ainsi qu’un jour Diasson se rendit chez son voisin le rat et lui dit :

- Ami rat, le jour où un vieil homme a épuisé toutes ses astuces, c’est ce jour-là qu’il meurt. Si nous ne trouvons pas une solution, la famine nous conduira tous au village des os blancs.

- Grand frère Diasson, je suis à ta disposition de jour comme de nuit, répondit le rat.

- Parfait, reprit le lièvre. Regarde ce tam-tam : si nous arrivons à nous entendre nous pourrons manger à volonté.

- Grand-frère lièvre, explique rapidement car trop traîner porte malheur, enchaîna le rat.

- Il y a une petite ouverture au bas du tam-tam. Tu dois rentrer par là et rester à l’intérieur. Nous nous rendrons alors au village des hommes. A eux, je me présenterai comme un musicien venu pour les distraire. Je leur dirai que mon tam-tam est un tam-tam qui parle. Grâce à cela, les habitants nous offriront toutes sortes de plats. Nous nous régalerons avant de donner la soirée. Pour la suite j’imagine que tu as déjà deviné !

- Bien sûr ! Chaque fois que tu chanteras, je reprendrai le refrain de ma cachette. Tous croiront alors que ton tam-tam a parlé.

-  Exactement, tu as bien compris ! acheva Diasson.

Ce qui fut dit fut aussitôt fait. Le rat sauta dans le tam-tam et alla se blottir en son fond.


Dununba-kumata-4-internet.jpg

 

Le lièvre entonna alors sa chanson et le rat lui répondit en chœur. Ils répétèrent ainsi jusqu’à ce qu’ils se sentent prêts. Diasson prit alors son tam-tam et se dirigea vers le village le plus proche.

A l’entrée du village, il rencontra un groupe de femmes en train de puiser de l’eau au grand puits. Voyant un lièvre muni d’un tam-tam, elles furent ébahies. L’une d’entre elles s’exclama : - Voilà qui est incroyable ! Un lièvre joueur de tam-tam !

Le musicien lui répondit : - Vous n’avez pas encore vu le plus extraordinaire : mon tam-tam parle. A la nuit tombée, vous verrez cela. Mais menez-moi d’abord chez le chef du village.

Une des femmes accepta de l’accompagner jusqu’à la maison du chef.

Arrivé devant le vestibule, le lièvre salua :

- Bonjour, chanceux Chef de village !

Sans lever la tête, le vieillard répondit :

- Sois le bienvenu! Quelle peine que de marcher.

Dununba-kumata-5-internet.jpgLe lièvre entra dans le vestibule et quand il fut sous les yeux du Chef de village, celui-ci sursauta et s’écria :

- Mes yeux me mentent-ils ou mon esprit se trompe-t-il ?

- Eh, bienheureux chef ! Tes yeux te disent la vérité et ton esprit ne se trompe pas. Je suis venu dans ton village avec mon tam-tam pour distraire ta paisible population.

- Quand on vit longtemps, on voit tout et on entend tout : un lièvre avec un tam-tam ?!  s’étonna le vieillard.

Le lièvre lui répondit :

- Cela n’a rien d’étonnant. De plus, mon tam-tam parle.

Le Chef de village haussa le ton :

- Petit garçon, tu n’exagères pas ? Si tu viens déranger tout mon village, et qu’il n’y a pas de graine dans l’oignon, tu es un homme mort !

Très sûr de lui, Diasson accepta l’éventualité de cette terrible sanction.


Aussitôt, un émissaire fut envoyé dans toutes les familles pour annoncer l’arrivée d’un artiste étranger dans le village. La nouvelle de ce tam-tam miraculeux se répandit partout. On ne parlait plus que du fameux tam-tam de Diasson. Tout le monde était impatient que la nuit tombe.

La tradition exigeait alors que les villageois nourrissent un artiste étranger venu pour les distraire. Ainsi, chaque famille apporta à Diasson de nombreux plats succulents. Une fois seul dans sa case, le lièvre dit au rat de sortir du tam-tam pour qu’ils mangent ensemble. Ils se régalèrent, puis le rat reprit sa place.


Dununba-kumata-6-internet.jpg

 

Cela s’est passé exactement comme ça ! Cela devait se dérouler ainsi ! Tout le monde sait que cela est la bonne manière.

 

Bien avant le début de la soirée, les jeunes garçons et les jeunes filles balayèrent soigneusement la place publique. Les petits enfants amassèrent des branches et de la paille sèche. Les femmes se dépêchèrent de faire la cuisine et toutes avaient fini de préparer le repas du soir bien avant le coucher du soleil. Dans le village, on ne parlait que du tam-tam du lièvre. Les gens sont toujours pressés pour les choses agréables. Toutefois, les bambaras disent : une fois la date fixée, elle ne tarde pas.

La nuit arriva. Partout on avait fini de manger. Le Chef de village envoya alors un messager pour dire à Diasson que les réjouissances pouvaient commencer.

La place publique était pleine à craquer : les vieux, les vieilles, les jeunes, les petits garçons et les petites filles, tout le monde était déjà sur place. Les chasseurs avaient leurs fusils chargés et les petits garçons avaient leurs arcs et leurs flèches. Quant aux femmes, chacune d’elles portait un lourd pilon en main. Le Chef de village avait donné l’autorisation de tuer le lièvre si jamais son tam-tam ne parlait pas.

Le lièvre arriva avec son tam-tam et la foule lui laissa un passage vers le milieu de la place.


Dununba-kumata-7-internet.jpg

 

Sur consigne des vieux, les enfants attisèrent le feu en y ajoutant assez de branchages et de paille pour avoir une bonne lumière. Diasson mit son tam-tam à son cou, puis il commença à en jouer et chanta :

- Mon toucou-toucou-bara que voici, mon toucou-toucou-bara que voilà. Si mon tam-tam ne parle pas, que les villageois me décapitent.

A peine avait-il fini de chanter que le rat répondit depuis l’intérieur du tam-tam :

- Ting ! King ! Bam ! C’est la voix du tam-tam! Ting ! King ! Bam ! C’est la voix du tam-tam !

Une joie et un étonnement sans précédent s’emparèrent de la foule. Ils n’avaient jamais vu une telle magie.


Dununba-kumata-8-internet.jpg

 

Le Chef de village pria le magicien de rester dans son village car une seule nuit de fête ne leur suffisait pas. Diasson y passa donc trois nuits de suite avec son complice, se gavant de viande et de couscous avant chaque spectacle. Puis ils partirent vers un autre village, qui les attendait déjà avec impatience.

 

Dununba kumata 9 internetInformée de la ruse du lièvre, la hyène se mit à poursuivre un margouillat qu’elle attrapa. Elle jeta le reptile dans son tam-tam sans mot dire et se rendit dans un village. Elle se fit conduire chez le Chef de village et lui dit :

- Informe vite ta population qu’elle m’apporte beaucoup de couscous, de viande, de riz, de dèguè et autres nourritures succulentes. Cette nuit, je vais vous distraire : mon tam-tam parle.


Dununba-kumata-10-internet.jpg

 

Les villageois cuisinèrent toutes sortes de plats et les apportèrent à la hyène. Elle mangea tout, laissant le margouillat prisonnier du tam-tam. Par le trou, celui-ci ne pouvait que regarder la hyène se goinfrer de bonne viande.


Dununba-kumata-11-internet.jpg

 

La nuit tomba et le Chef de village fit appeler la hyène pour qu’elle commence son spectacle. La place publique était déjà envahie de villageois, tous armés de fusils, de lances et de bâtons. Ils s’étaient mis d’accord : « si le tam-tam de la hyène ne parle pas, elle sera tuée ».

La joueuse de tam-tam se mit au milieu de la place et chanta :

- Mon toucou-toucou-bara que voici, mon toucou-toucou-bara que voilà. Si mon tam-tam ne parle pas, que les habitants me décapitent.

Le margouillat, fâché, demeura muet.

La hyène dit alors :

- Patientez quelques instants. J’ai oublié de faire des incantations magiques à mon tam-tam. Sans cela, il ne peut pas parler.

 

Dununba kumata 12

 

Elle fut autorisée à faire ses incantations au milieu de la foule. A travers l’ouverture, elle s’adressa au margouillat en parlant tout doucement :

- Si tu ne chantes pas, nous allons tous deux mourir sur le champ !

Le margouillat lui répondit :

- Je ne vais jamais chanter car avec le ventre vide on ne peut rien. Que les villageois me tuent ici ou qu’ils me laissent vivant, la famine va de toute façon m’ôter la vie. Ma chère, tire-toi toute seule de cette situation que tu as toi-même créée !

Aussitôt, la hyène jeta le tam-tam et courut pour s’échapper à travers la foule. Mais les gens étaient déjà prêts à bondir et ils se ruèrent sur elle pour la frapper à mort. Le tam-tam quant à lui s’était brisé près d’un trou et le margouillat s’y glissa discrètement pour se cacher.


Dununba-kumata-13-internet.jpg

 

Mes frères et sœurs ! On ne doit jamais se rendre au marché rien qu’en voyant sa coépouse y aller. On peut mourir en imitant quelqu’un.

Les bambaras disent : A force de manier ta petite corde de trahison, tu finiras par la nouer autour de ton propre cou.

 

Ce conte est une traduction du conte bambara "Dununba kumata", raconté par les élèves du village de Fassa (Mali) et mis par écrit par Oumar Nianankoro Diarra et Antoine Fenayon. La traduction en français a également été faite par Oumar Nianankoro Diarra et Antoine Fenayon.

Ce conte a été recueilli dans le cadre du projet "Contes de Fassa" mené par l'association Donniyakadi.

Les dessins ont été réalisés par les enfants du village de Fassa lors d'ateliers organisés en juin 2010 par Donniyakadi et les enseignants de l'école primaire du village. Ces ateliers étaient encadrés par Karim Diallo, illustrateur venu de Bamako, et Armelle Genevois, membre de Donniyakadi

Cliquez ci-dessous pour la version en bambara

Nsiirin "Dununba kumata" (conte "le tam-tam qui parle" en version originale bambara)

Ce texte est protégé par le droit d'auteur. Merci de ne pas le copier et le diffuser sans notre autorisation.

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21 septembre 2011 3 21 /09 /septembre /2011 10:20

Ce projet est né de la rencontre entre Oumar Nianankoro Diarra et Antoine Fenayon en octobre 2007 à la mairie de Guihoyo, dans le cercle de Kolokani, au Mali.


Oumar était alors directeur de l’école primaire du village de Fassa (commune de Guihoyo) et Antoine était coordinateur d’une coopération décentralisée entre le Cercle de Kolokani et les villes de Viroflay (France) et Hassloch (Allemagne).


Oumar et Antoine février 2008

 

La passion commune pour la tradition orale les amène à imaginer ensemble un projet pour mettre en valeur les contes traditionnels maliens.


L’idée est de faire travailler les élèves de l’école de Fassa sur les contes de leur village, afin de créer un livre illustré qui restera au sein de l’école et qui pourra également être diffusé en France et en Allemagne, voire dans le monde entier !


Eleves-Fassa-2008.JPG

 

Le projet démarre en 2008. Les élèves choisissent plusieurs contes de la tradition orale qu’ils mettent par écrit avec leur enseignant, en bambara et en français, puis ils réalisent des premières illustrations.


Dessin-tam-tam-2008-lievre-devant-chef-de-village.jpgDessin tam tam 2008 lièvre joue tam tam

 

Fin 2008, l’association Donniyakadi est créée en France sous l’impulsion de plusieurs personnes ayant des liens forts avec le Mali. En langue bambara, « Dɔnniya ka di » signifie « le savoir est bon, agréable ». 


Ce projet de valorisation des contes maliens par la création d’un livre est une des premières actions menées par l’association.


En juin 2010, Donniyakadi, Oumar, les enseignants et parents d’élèves de Fassa organisent des ateliers de dessin pendant une semaine. Grâce à Karim Diallo, illustrateur venu de Bamako, les enfants de Fassa vont créer des dessins qui vont permettre de réaliser un livre comprenant 2 contes : "le tam-tam qui parle".

 

Ateliers-juin-2010.JPG

 

Le livre de contes de Fassa a été édité en juin 2011, grâce notamment au soutien financier de la région Ile-de-France et au très bon travail de Samuel Gondolo, graphiste professionnel.


Le livre existe en 3 langues : bambara, français et allemand.


Des traductions sont en cours en espagnol, anglais, polonais et chinois.



Couverture-Tam-tam-qui-parle.jpg

 

Couverture-Dununba-kumata.jpg

 

Couverture-Die-sprechende-Trommel.jpg

 

En juin 2011, une mission de Donniyakadi à Fassa a permis de donner 2 exemplaires du livre (1 bambara et 1 français) à chacun des élèves qui avaient participé aux ateliers de dessin.

Un stock a également été donné à l'école pour servir de support pédagogique aux futures générations d'écoliers.


Un stock de livres en allemand a été donné au lycée de Kolokani et aux écoles de Hassloch (Allemagne) pour servir de support pédagogique aux élèves.

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  • : Donniyakadi est une association créée en 2008 en France par des personnes ayant des liens forts avec le Mali. Elle a pour but le développement des échanges culturels entre la France et le Mali, notamment dans le domaine des langues nationales maliennes.
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